Les labo­ra­toires et les salles de cours en sciences biolo­giques

La tech­ni­cienne de labo­ra­toire Mélisa Doyon et un spéci­men empaillé de renard arctique. Source : Projet Rétro­vi­seur

Les labo­ra­toires et les salles de cours utili­sées par le dépar­te­ment de sciences biolo­giques, comme le reste du pavillon, ont dû être aména­gées à partir de locaux conçus pour les besoins de reli­gieuses. Les salles sont de taille très variable, et certaines d’entre elles ne sont acces­sibles que par d’étroits esca­liers, en empê­chant l’ac­cès pour les personnes à mobi­lité réduite. La plupart des classes n’ont pas de fenêtres, ce qui est courant dans les pavillons de l’Uni­ver­sité, mais qui sera bien diffé­rent au Complexe des sciences.

Plusieurs salles, en pente ou en demi-cercle, sont bien construites pour accueillir un grand nombre d’étu­diants.

Cynthia Guéve­neux-Julien, étudiante à la maîtrise

Les plus grandes attentes de Cynthia Guéve­neux-Julien, étudiante à la maîtrise, sont envers les salles de classe. Elle occupe aussi un rôle dans l’en­sei­gne­ment, puisqu’elle a un poste d’auxi­liaire d’en­sei­gne­ment. Les auxi­lia­riats peuvent être très variés. Cynthia compare notam­ment sa super­vi­sion du stage d’ich­tyo­lo­gie à la Station de biolo­gie des Lauren­tides avec son actuelle correc­tion d’exa­men. Elle peut donc passer plusieurs jours en contact étroit avec les étudiant.es, puis ne corri­ger que leurs examens, sans même les voir.

Le profes­seur Jean-François Pflie­ger (à droite, de dos) super­vise ses étudiant.es lors d’un cours de labo­ra­toire. Source : Projet Rétro­vi­seur

En sciences biolo­giques, les cours théo­riques ont presque tous leur pendant pratique. De nombreux cours de labo­ra­toire sont donc offerts par le dépar­te­ment. Ceux-ci peuvent être regrou­pés en trois caté­go­ries. La première est celle des labo­ra­toires d’ana­to­mie et de morpho­lo­gie. Ces travaux pratiques incluent des dissec­tions, des labo­ra­toires de micro­sco­pie ainsi que d’his­to­lo­gie. Ensuite vient la caté­go­rie des cours pratiques à carac­tère réduc­tion­niste. Plus près de la chimie, ces labo­ra­toires couvrent la biolo­gie molé­cu­laire et la géné­tique. Enfin, le dépar­te­ment offre plusieurs cours de labo­ra­toire en physio­lo­gie végé­tale et animale. Dans ces labo­ra­toires, les étudiant.es étudient des plantes ou des animaux vivants, et s’étu­dient même entre eux : en effet, beau­coup de systèmes peuvent être étudiés sur des animaux intacts… et donc sur des cama­rades de classe ! Dans ces travaux pratiques, les étudiant.es sont sépa­rés en de petits cubi­cules, en de petites équipes de quatre ou de cinq, car ils ne peuvent être un grand nombre à étudier un même spéci­men.  Les locaux de labo­ra­toire doivent remplir des fonc­tions très variées. La plupart d’entre eux sont aussi dotés d’écrans de télé­vi­sion, afin que tous les étudiant.es puissent suivre atten­ti­ve­ment les démons­tra­tions.

L’étude d’un cerveau d’ani­mal lors d’un cours en labo­ra­toire. Source : Projet Rétro­vi­seur

Certains travaux pratiques font appel aux collec­tions d’en­sei­gne­ment des sciences biolo­giques, dont les tech­ni­ciennes de labo­ra­toire Mélisa Doyon et France Gagnon prennent grand soin. Les étudiant.es ont beau­coup de chance d’avoir accès à des spéci­mens si précieux et diver­si­fiés, comme le remarque la profes­seure Thérèse Cabana.

Une frac­tion de la grande collec­tion d’en­sei­gne­ment du dépar­te­ment de sciences biolo­giques. Source : Projet Rétro­vi­seur

Ces collec­tions consistent en des animaux ou des oiseaux empaillés, des coquillages, des cara­paces ou des orga­nismes vivants conser­vés dans des bocaux, ainsi que des pois­sons pour les cours d’ich­tyo­lo­gie et des inver­té­brés. Tous ces spéci­mens ont une grande valeur. Dans certains cas, ce sont des dons : certains items seraient autre­ment parti­cu­liè­re­ment diffi­ciles à se procu­rer, autant d’un point de vue budgé­taire qu’é­thique. Par exemple, Mélisa Doyon et France Gagnon évoquent une énorme cara­pace de tortue d’Afrique offerte par un profes­seur. De nos jours, une telle cara­pace ne pour­rait quit­ter l’Afrique et l’Uni­ver­sité ne pour­rait de toute façon pas finan­cer son achat.  C’est pourquoi les spéci­mens donnés par les profes­seur.es et les profes­seur.es à la retraite sont si impor­tants. Si ces dons n’ont pas été réper­to­riés avec préci­sion au fil des années, ils sont très régu­liè­re­ment mis à contri­bu­tion dans l’en­sei­gne­ment.

Des bocaux renfer­mant des spéci­mens de la collec­tion d’in­ver­té­brés. Source : Projet Rétro­vi­seur

Un des dons les plus précieux aux yeux des tech­ni­ciennes de labo­ra­toire est sans doute la collec­tion de cônes proba­ble­ment rame­nés de Cuba par le frère Marie-Victo­rin lui-même, dans les années 1930. Cepen­dant, la plupart des collec­tions végé­tales se retrouvent plutôt au Jardin bota­nique de Montréal.

Ces cônes ont été rappor­tés de Cuba dans les années 1930. Source : Projet Rétro­vi­seur

Les collec­tions comportent aussi de nombreuses affiches illus­trant des systèmes du corps humain. Même si certaines d’entre elles sont très anciennes, datant des années 1950, elles sont encore utili­sées en cours pour leur inté­rêt visuel.

Une étudiante étudie des spéci­mens de la collec­tion d’or­ni­tho­lo­gie. Source : Projet Rétro­vi­seur.

Les collec­tions d’oi­seaux sont égale­ment mises à contri­bu­tion de façon très impor­tante dans les cours. Pour certains travaux pratiques, France Gagnon indique prépa­rer plus de 270 spéci­mens, afin de montrer les diffé­rents plumages. En effet, le plumage des oiseaux peut varier selon le sexe, selon l’âge et selon la saison, propo­sant ainsi de nombreuses varia­tions pour une même espèce.

Certains spéci­mens d’oi­seaux marins sont parti­cu­liè­re­ment impres­sion­nants. Source : Projet Rétro­vi­seur

En plus de s’oc­cu­per des collec­tions d’en­sei­gne­ment, les tech­ni­ciennes de labo­ra­toire sont un véri­table soutien pour les séances de travaux pratiques. Elles discutent des proto­coles avec les profes­seur.es et les démons­tra­teur.rices afin de bien prépa­rer le dérou­le­ment des labo­ra­toires. Elles se chargent égale­ment de l’achat du maté­riel, d’équi­pe­ments, de produits et de solu­tions pour faire des milieux de culture. Elles colla­borent égale­ment avec les prépa­ra­teur.rices qui montent le maté­riel dans les labo­ra­toires. En plus de cela, elles se chargent de la répa­ra­tion des micro­scopes et des loupes et de la récep­tion et du main­tien des animaux et des algues vivants. Elles répondent égale­ment aux demandes d’étu­diant.es de cycles supé­rieurs et leur four­nissent des spéci­mens de collec­tion pour leurs présen­ta­tions. Elles sont aussi dévouées à l’en­sei­gne­ment et aux stages dans la station de biolo­gie à St-Hippo­lyte.

Mélisa Doyon et France Gagnon, tech­ni­ciennes de labo­ra­toires. Elles se trouvent devant les collec­tions dont elles prennent soin. Source : Projet Rétro­vi­seur

Les tech­ni­ciennes ont pu obser­ver de nombreux chan­ge­ments au dépar­te­ment de sciences biolo­giques. Par exemple, la grande augmen­ta­tion du nombre d’étu­diant.es occa­sionne de plus en plus de conflits d’es­pace et de maté­riel, deman­dant plus de gestion et d’achats d’équi­pe­ment afin de satis­faire la demande. Les expé­riences propo­sées en labo­ra­toire changent selon les profes­seur.es et les matières ensei­gnées.

Les tech­ni­ciennes de labo­ra­toire préparent les spéci­mens qui seront étudiés lors de travaux pratiques. Source : Projet Rétro­vi­seur

Par exemple, aujourd’­hui, grâce à la tech­no­lo­gie, on utilise de plus petits volumes de solu­tions pour les expé­riences de biolo­gie molé­cu­laire et de géné­tique qu’au­pa­ra­vant. Cepen­dant, tous ces chan­ge­ments sont des chan­ge­ments graduels, contrai­re­ment au démé­na­ge­ment qui boule­ver­sera leur quoti­dien cet été. Il faudra égale­ment démé­na­ger les collec­tions. La profes­seure Thérèse Cabana espère que tout ce maté­riel pourra les suivre dans le nouveau campus.

La profes­seure Berna­dette Pinel-Alloul dans son bureau. Source : Projet Rétro­vi­seur

Berna­dette Pinel-Alloul, profes­seure au dépar­te­ment depuis près de quarante ans, remarque elle aussi des chan­ge­ments dans l’en­sei­gne­ment. Elle trouve que les profes­seur.es passent désor­mais beau­coup de temps sur des aspects infor­ma­tiques et tech­no­lo­giques, qui ne sont pas de l’en­sei­gne­ment à propre­ment parler. Ce temps empiète sur la passa­tion du contenu. Elle observe aussi des chan­ge­ments chez les étudiant.es. Elle avait aupa­ra­vant l’im­pres­sion de les nour­rir, alors qu’elle a l’im­pres­sion que de nos jours, les étudiant.es cherchent surtout à connaître les réponses aux examens afin d’ob­te­nir de bons résul­tats.

Le profes­seur hono­raire Pierre Brunel. Source : Projet Rétro­vi­seur

Le profes­seur hono­raire Pierre Brunel a lui aussi connu une longue carrière au dépar­te­ment. Cepen­dant, son labo­ra­toire d’en­sei­gne­ment prenait une forme bien parti­cu­lière : selon lui, aller en mer pour y faire des travaux pratiques est essen­tiel. C’est pourquoi, dans les années 1960, en parte­na­riat avec les Univer­si­tés McGill et Laval, ainsi qu’a­vec l’UQÀR, il a établi un stage d’éco­lo­gie marine. Tout au long des nombreuses années de colla­bo­ra­tion inter­uni­ver­si­taire, des étudiant.es ont eu la chance d’al­ler travailler sur une mer parfois démon­tée pour effec­tuer des prélè­ve­ments de planc­ton et de pois­son, du chalu­tage ainsi que des mesures de tempé­ra­ture. Les étudiant.es, le soir, étaient brûlés par le travail inten­sif, mais enchan­tés par tous les nouveaux appren­tis­sages que pouvait leur appor­ter la pratique sur le terrain. Ces stages ont eu lieu à diffé­rents endroits au fil des années, notam­ment dans la Baie de Fundy, au Labo­ra­toire Mari­time Hunts­man, à Saint Andrews au Nouveau Bruns­wick. Avec les fluc­tua­tions des subven­tions, certaines options moins coûteuses ont aussi été rete­nues. Le stage à marée basse au centre écolo­gique de Port-au-Saumon a notam­ment permis aux stagiaires d’étu­dier la faune marine de Baie-des-Rochers. Le stage pratique d’éco­lo­gie marine a eu lieu vingt trois fois, à partir de 1969 et jusqu’au début des années 2000. À partir de ce moment, le finan­ce­ment a beau­coup dimi­nué et les stages ont lieu dans les univer­si­tés propo­sant des orien­ta­tions en biolo­gie marine (McGill et Univer­sité Laval), ce qui n’est pas le cas de l’Uni­ver­sité de Montréal. Le profes­seur Brunel regrette beau­coup ces stages pratiques qui permet­taient aux étudiant.es de sortir des cours théo­riques et de plon­ger dans l’es­tuaire du Saint-Laurent, dans un véri­table labo­ra­toire de terrain.